En France, 7 400 EHPAD accueillent près de 573 100 résidents (DREES, enquête EHPA 2023). Presque tous ont besoin d’un service de coiffure régulier. Très peu trouvent un professionnel disponible toute l’année. Cet écart entre un besoin permanent et une offre rare est la réalité économique du secteur, et il explique pourquoi la coiffure en établissement se développe aujourd’hui comme une activité à part entière.
Au-delà de la prestation elle-même, la coiffure en EHPAD répond à un enjeu très concret d’accessibilité : proposer un service professionnel directement sur le lieu de vie, avec une organisation compatible avec le fonctionnement de l’établissement et les besoins des résidents.
Un besoin permanent, dans un marché stable
Un résident d’EHPAD ne va plus au salon de coiffure en ville à l’extérieur. Sa mobilité, son état de santé ou l’absence d’accompagnant rendent le déplacement impossible ou trop lourd à organiser. Le service doit donc venir à lui, dans l’établissement.
Ce besoin ne connaît pas de saisonnalité. Un shampooing, un brushing, une mise en plis ou une coupe reviennent toutes les quatre à six semaines, pour une population qui reste sur place. C’est une différence de fond avec un salon de coiffure de centre-ville, où il faut aller chercher chaque client. Ici, la clientèle est déjà réunie au même endroit, et elle se renouvelle.
À l’échelle d’un seul établissement de 80 lits, cela représente plusieurs dizaines de prestations par mois. Multiplié par le nombre d’EHPAD d’un département, le volume devient considérable.
Cette concentration géographique constitue une particularité importante du modèle : plusieurs prestations peuvent être réalisées sur un même site, ce qui limite les déplacements entre chaque client et permet d’organiser des journées d’intervention régulières. Pour le professionnel, l’enjeu n’est donc pas seulement de trouver des clients, mais de structurer suffisamment la fréquentation de chaque établissement.
Une population qui augmente et vieillit
La démographie amplifie mécaniquement ce besoin. Selon l’INSEE, la part des personnes de 75 ans et plus passera de 11 % de la population en 2025 à 16,5 % en 2050. Sur la seule période 2021-2031, le nombre de personnes de 75 à 84 ans augmente de 49 %.
La perte d’autonomie suit la même courbe : environ 2,8 millions de seniors seraient concernés vers 2050, soit près de 700 000 de plus qu’aujourd’hui. La DREES estime par ailleurs qu’il faudra 150 000 à 200 000 emplois supplémentaires dans le soutien à l’autonomie d’ici 2050.
Ces projections ne constituent pas des prévisions certaines : elles reposent sur des hypothèses démographiques et d’évolution de la perte d’autonomie. Elles donnent néanmoins une indication de l’ampleur des transformations liées au vieillissement de la population française à l’horizon 2050.
Les résidents accueillis en établissement sont particulièrement âgés : selon la DREES, fin 2023, la moitié des résidents des établissements d’hébergement pour personnes âgées ont plus de 87 ans et 11 mois. Les EHPAD accueillent les populations les plus âgées : seuls 21 % de leurs résidents ont moins de 80 ans.
Cette réalité implique, pour les professionnels de la coiffure intervenant en EHPAD, de pouvoir adapter l’organisation et les conditions de réalisation des prestations aux situations rencontrées : mobilité réduite, fatigabilité ou intervention au fauteuil notamment.
Pourquoi l’offre ne suit pas
Si la demande est aussi visible, pourquoi si peu de professionnels s’y positionnent ? Trois raisons reviennent systématiquement.
Ce n’est pas le même métier qu’en salon
Travailler en EHPAD suppose de connaître les cheveux gris, les cuirs chevelus sensibles et les cheveux fragilisés par les traitements médicamenteux. Il faut aussi savoir coiffer une personne assise dans un fauteuil roulant, parfois alitée, adapter le rythme, composer avec des troubles cognitifs. Ces compétences ne s’acquièrent pas dans un salon classique, et la formation initiale de coiffure ne les aborde pratiquement pas.
À ces compétences techniques s’ajoutent des savoir-faire relationnels et organisationnels : présenter la prestation clairement, respecter le rythme de la personne, savoir interrompre ou adapter une prestation lorsque la situation l’exige et travailler en coordination avec les interlocuteurs de l’établissement.
Le matériel et la logistique freinent les indépendants
Intervenir sur place demande un équipement mobile : bac de lavage adapté aux fauteuils roulants, siège réglable, produits professionnels. Il faut aussi gérer les déplacements entre établissements, la facturation et la coordination avec les équipes soignantes. Un coiffeur seul absorbe difficilement cette organisation en plus de son activité.
À mesure que le nombre d’établissements augmente, la planification devient donc un élément central du modèle économique : journées d’intervention, gestion des rendez-vous, encaissements, suivi administratif, matériel, stocks et organisation des remplacements doivent fonctionner ensemble.
Les établissements cherchent de la régularité, pas des passages ponctuels
C’est le point le plus souvent sous-estimé. Une direction d’EHPAD ne cherche pas quelqu’un qui vient une fois. Elle cherche un service tenu toute l’année, avec un jour fixe, un remplacement prévu en cas d’absence et un interlocuteur identifié. Un professionnel isolé, sans solution de remplacement, ne peut pas garantir cette continuité. C’est souvent ce qui bloque la signature.
Pour l’établissement, la qualité d’un service de coiffure ne repose donc pas uniquement sur la prestation réalisée auprès du résident. Elle dépend également de la capacité du prestataire à proposer une organisation lisible, régulière et compatible avec le fonctionnement du site.
Ce que regardent réellement les directions d’établissement
Quand un EHPAD choisit un prestataire de coiffure, les critères sont assez constants :
- La continuité du service : des passages réguliers, tenus, avec une solution en cas d’absence de l’intervenante.
- La compétence auprès du grand âge : gestes adaptés, produits adaptés, capacité à intervenir en chambre comme en salon.
- La simplicité administrative : un interlocuteur unique, une facturation claire, des documents en règle.
- Le respect du fonctionnement de l’établissement : s’intégrer aux horaires de soins et de repas plutôt que de les bousculer.
- L’effet sur les résidents : un moment attendu, qui compte dans le quotidien et dont les familles parlent.
Le prix intervient, mais rarement en premier. Un établissement qui a déjà connu un service interrompu privilégiera la fiabilité.
La capacité à communiquer clairement avec les différents interlocuteurs constitue également un élément important : direction, équipes de l’établissement, résidents, familles ou représentants légaux selon les situations. Cette organisation contribue à rendre le service plus simple à identifier et à utiliser.
Un déséquilibre qui crée une opportunité durable
Cet écart entre besoin et offre ne se refermera pas seul. La population concernée augmente, les établissements restent nombreux, et les freins qui découragent les indépendants sont structurels : formation, matériel, remplacement, administratif.
C’est précisément ce qui rend le modèle en réseau franchise pertinent sur ce marché. Mutualiser la formation, le matériel, les remplacements et la relation avec les groupes d’établissements lève les obstacles qui bloquent un professionnel seul. C’est le sens du développement de Silver Beauté dans les EHPAD, cliniques et résidences services seniors, et de son ouverture à la franchise.
Pour un professionnel souhaitant développer une activité de coiffure en EHPAD, l’enjeu est ainsi de construire un véritable modèle d’exploitation : sélectionner une zone géographique cohérente, organiser des journées suffisamment structurées, assurer la continuité des interventions et développer progressivement un portefeuille d’établissements.
Cette approche distingue la coiffure en établissement d’une simple succession de prestations à domicile. Elle repose sur une organisation B2B2C : la relation est construite avec l’établissement tandis que les prestations sont réalisées auprès des résidents, selon les modalités prévues sur chaque site.
Questions fréquentes
La coiffure en EHPAD est-elle vraiment un marché porteur ?
Oui. La France compte 7 400 EHPAD et 573 100 résidents, avec un besoin de coiffure qui revient toutes les quatre à six semaines. La part des 75 ans et plus passe de 11 % de la population en 2025 à 16,4 % en 2050, ce qui alimente durablement la demande. Le potentiel d’une activité dépend toutefois de nombreux paramètres locaux : nombre d’établissements accessibles, capacité d’accueil, fréquence d’intervention, nombre de résidents utilisateurs, tarifs pratiqués et organisation du professionnel. La démographie nationale ne permet donc pas, à elle seule, de garantir la rentabilité d’une activité.
Faut-il une formation spécifique pour coiffer en EHPAD ?
Le diplôme de coiffure reste la basepour les intervenant(e)s, mais il ne suffit pas. Il faut maîtriser les cheveux fragilisés, les cuirs chevelus sensibles, le travail au fauteuil ou au lit, et l’approche des personnes présentant des troubles cognitifs. Ces compétences s’acquièrent par une formation complémentaire. La connaissance de l’environnement médico-social constitue également un atout : règles internes de l’établissement, hygiène, organisation des interventions et adaptation de la communication aux différents publics rencontrés.
Pourquoi les EHPAD peinent-ils à trouver un coiffeur ?
Parce que les établissements demandent un service régulier toute l’année, avec un remplacement assuré en cas d’absence. Un professionnel isolé peut difficilement garantir cette continuité, en plus du matériel mobile et de la gestion administrative que suppose ce type d’intervention. Le sujet est donc moins la présence ponctuelle d’un professionnel que la capacité à structurer un service suffisamment fiable pour fonctionner dans la durée.
Peut-on exercer en EHPAD sans local commercial ?
Oui, et c’est le principe même de cette activité : les prestations se déroulent dans l’établissement, au salon (à privilégier) ou directement en chambre. L’investissement de départ porte sur le matériel et le mobilier, pas sur un local. Lorsque l’établissement dispose d’un espace de coiffure dédié, celui-ci permet de recréer un environnement professionnel identifiable et d’organiser plus facilement les rendez-vous. Les interventions en chambre peuvent compléter ce dispositif lorsque la situation du résident le nécessite et lorsque les conditions permettent de réaliser la prestation dans de bonnes conditions.
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